Mesurer pour agir : quel reporting pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

4 février 2020

Aujourd’hui, des traités internationaux fixent des objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) basés sur des travaux scientifiques, et la notion de « budget carbone » commence à prendre de l’ampleur au niveau des États.
Néanmoins, si les entreprises doivent bien transmettre aux institutions des reportings appliqués à leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), ces pratiques sont peu outillées et l’investissement dans ce processus de reporting est trop souvent négligé au regard de bénéfices attendus sous-estimés par ces organismes.
Enfin, la notion de budgétisation de ces dites émissions comme on pourrait le faire pour l’aspect financier de l’entreprise n’est pas encore une pratique existante. Quelle démarche adopter alors pour obtenir un reporting Budget Carbone adapté et efficace ?

Créer un reporting d'émissions de gaz à effet de serre

Nous avons opté chez Business & Decision pour une démarche permettant d’industrialiser la production des reporting GES des entreprises et de rapprocher les données environnementales des données financières.

Mais replaçons tout d’abord le contexte : quels sont les engagements pris par les États ? Dans quel cadre les entreprises reportent-elles leurs Bilans Carbone © et à qui ? Les démarches existantes sont-elles le signe d’une tendance à anticiper ? Je vous présenterai ensuite quelques solutions que nous développons en ce moment même pour proposer aux entreprises le système le plus adapté de reporting d’émissions de GES qui puisse être mis à leur disposition.

Accords internationaux en matière de lutte contre les changements climatiques

Fort d’une prise de conscience internationale suite à de nombreux appels de la communauté scientifique et diverses mobilisations citoyennes, les dirigeants de nombreux pays s’accordent à porter crédit aux thèses du changement climatique.

Leur implication dans la préservation de l’environnement passe par la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui est le principal accord international sur le changement climatique. Elle est l’une des trois conventions qui ont été adoptées lors du Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992. À ce jour, elle a été ratifiée par 195 pays. L’objectif était, au départ, de permettre aux pays de coopérer afin de limiter l’augmentation de la température mondiale et le changement climatique, ainsi que de lutter contre leurs effets. 

Le Conseil traite deux questions liées à la CCNUCC : 

  • La ratification de l’amendement de Doha au protocole de Kyoto, qui porte sur les engagements pris pour la deuxième période allant de 2013 à 2020 
  • L’Accord de Paris – le nouvel accord mondial sur le changement climatique associant tous les pays signataires de la CCNUCC, sa ratification, sa mise en œuvre et son entrée en vigueur en 2020

Protocole de Kyoto

Prenant fin en 2020, et de nombreux pays ne l’ayant pas signé (les États-Unis notamment), ou l’ayant quitté en cours de route, ou n’ayant pas renouvelé leur engagement sur la période 2013 – 2020, il ne couvre finalement qu’un nombre restreint de pays, représentant 14% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cet accord est cependant à présent caduque et les Accords de Paris sont aujourd’hui la référence en termes d’engagement des pays à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Accords de Paris

En soi, il s’agit d’un engagement à réduire les émissions de GES des pays participants par rapport à une date de référence afin de limiter l’augmentation de la température globale du globe.

Vous pouvez obtenir plus d’informations sur le site des accords de Paris dans cette courte vidéo, aussi disponible avec plus d’informations sur le site de l’Union Européenne.

SEQE : Système Européen d’échange de Quota d’Emissions

Le SEQE-EU est le premier marché mondial d’échange de quota d’émissions de gaz à effet de serre. Les entreprises qui diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre peuvent y émettre des titres, la tonne d’équivalent CO2 (TCO2) étant valorisée à un certain montant. Les entreprises qui dépassent leur quota d’émissions se voient alors dans l’obligation d’acheter ces mêmes titres. 

Le SEQE est réservé à certaines industries uniquement, définies par les gaz qu’elles rejettent :

  • dioxyde de carbone (CO2) provenant:
    • de la production d’électricité et de chaleur ;
    • des secteurs industriels à forte intensité énergétique, notamment les raffineries de pétrole, les aciéries et la production de fer, d’aluminium, de métaux, de ciment, de chaux, de verre, de céramique, de pâte à papier, de papier, de carton, d’acides et de produits chimiques organiques en vrac ;
    • de l’aviation commerciale ;
  • protoxyde d’azote (N2O) issu de la production d’acide nitrique, d’acide adipique, de glyoxal et d’acide glyoxylique ;
  • hydrocarbures perfluorés (PFC) issus de la production d’aluminium.

Toutes les entreprises ne peuvent donc pas participer au SEQE-EU. Néanmoins, ce marché est une preuve qu’il est possible de créer des cercles vertueux, et qu’il est essentiel pour les entreprises des secteurs mentionnés ci-dessus de garder un décompte précis de leurs émissions.

Pour les entreprises ne participant pas à ces marchés, il existe d’autres avantages à tenir un suivi des émissions de GES que nous aborderons ci-dessous.

Cadre du reporting environnemental

Il y a aujourd’hui des méthodes de reporting environnemental, qui varient d’un secteur à l’autre, mais certaines sont celles préconisées officiellement pour effectuer un rapport des émissions de GES de son groupe, privé ou public. Les deux qui nous intéressent aujourd’hui sont le GHG Protocol et le Bilan Carbone ©.

Ces deux méthodes servent notamment à rapporter auprès de l’État l’évolution des émissions de GES des groupes.

Enfin, certains groupes optent pour des initiatives de baisses d’émissions de leur propre chef. Nous présenterons l’une de ces initiatives : le Science Based Target.

GHG Protocol

C’est une méthodologie de décompte des émissions carbone, reconnue internationalement, vous pourrez trouver plus de détails à son sujet sur le site ghgprotocol.org.

Bilan Carbone ©

Conçu par l’Association Bilan Carbone, cette méthodologie est la plus utilisée en France par les groupes privés et publics pour établir leur reporting d’émissions de GES et le transmettre à l’ADEME.

ADEME et obligations légales de reporting des émissions de gaz à effet de serre

L’ADEME, Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, est l’organisme français auprès duquel les groupes privés et publics doivent transmettre leur Bilan Carbone ©. 

Celui-ci doit ainsi être effectué par les entreprises de plus de 500 salariés tous les 4 ans, sur les périmètres des scopes 1 et 2, le troisième étant facultatif. 

Les entreprises qui effectuent cette remontée d’information tous les ans peuvent prétendre à des certifications ISO, et doivent les posséder notamment pour participer au marché SEQE-EU.

Initiatives volontaires des grands groupes : l’exemple du Science Based Target

Comme évoqué plus haut, certains groupes se fédèrent autour d’initiatives. C’est notamment le cas du Science Based Target

De quoi s’agit-il ? C’est un engagement que prennent les entreprises à diminuer, parfois drastiquement, leurs émissions de gaz à effet de serre, chacune définissant son seuil d’émissions à atteindre, par rapport à un relevé de référence à un instant t, et la temporalité d’atteinte de ces objectifs.

Structuration des services de l’entreprise face aux enjeux climatiques

Mais alors, si les entreprises effectuent un reporting, quels services sont alors impliqués dans la réduction d’émissions de GES et qui effectue le reporting ?

RSE

Les services en charge de la RSE des entreprises sont responsables, entre autres, de la remontée d’information concernant les émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise.

Le Contrôle de Gestion et la Direction Financière

Le Contrôle de Gestion et la Direction Financière valident la cohérence des investissements effectués pour diminuer les émissions de leur entreprise, mais ne disposent pas d’outils adaptés pour effectuer un suivi croisant les données financières et les émissions de GES.

Les autres services

Par ailleurs, l’ensemble des services de l’entreprise peut innover pour diminuer l’empreinte carbone de leur société, nous ne reviendrons pas sur les différentes initiatives qui peuvent être menées par la R&D, les Achats, la Logistique, les Usines dans le cas d’industriels, les Services Généraux…

Cela étant dit : sans outil de mesure efficace, qui permette d’associer à une dépense liée à une innovation un impact sur l’empreinte globale du groupe ou de la société, il est difficile d’évaluer les avancées concrètes. Ainsi, si l’entreprise se limite à effectuer son bilan carbone tous les 4 ans dans le cadre légal, le pilotage des innovations et l’évaluation de leur impact n’est pas assez fréquent pour planifier les dépenses nécessaires à leur déploiement.

Innovations allant dans le sens du Budget Carbone

De nombreuses initiatives progressent et font évoluer le marché vers une nécessité pour les entreprises de maîtriser leurs émissions de GES.  

Je vous propose ci-dessous deux exemples probants qui mettent en lumière l’évolution du marché et l’intérêt d’outils de suivis efficaces des émissions de gaz à effet de serre pour les groupes industriels.

Yuka, OpenFoodFacts, et la grande distribution

Aujourd’hui, les applications permettant aux consommateurs de vérifier la qualité nutritive et la composition des produits qu’ils achètent ont créé un moyen de pression sur les groupes agro-alimentaires et la grande distribution. Les algorithmes de suggestions de produits alternatifs notamment influencent la stratégie des producteurs et distributeurs. L’exemple le plus marquant est la modification de la composition de 900 produits par Intermarché de façon à augmenter sa viabilité sur ces applications.

Une enseigne a même commencé à afficher sur ses produits leur empreinte carbone. Conjointement, avec les applications qui permettraient une comparaison efficace, cela soulève pour les entreprises la nécessité de suivre au plus près leurs émissions et les piloter de façon à rester compétitifs.

Cartes bleues à quota d’émission

La Suède implémente actuellement un système de carte de crédit incluant la notion d’empreinte carbone. Chaque achat est valorisé d’une certaine empreinte en fonction du produit acheté. L’expérimentation va jusqu’à imposer un quota d’émission qui soit relatif à chaque consommateur. Dès lors du processus d’achat, le consommateur sera alors amené à comparer l’empreinte carbone des produits. 

Ici aussi, les entreprises ont tout intérêt à se doter de systèmes d’évaluation de leur empreinte carbone de façon à anticiper le marché et les nouvelles réglementations potentielles. 

Le pilotage des émissions de GES grâce à l’EPM

Je vais vous expliquer maintenant comment industrialiser le process de production de reporting GES à travers quelques cas d’usage.

En quoi le projet « Budget Carbone » consiste-t-il ?

Aujourd’hui, peu d’outils de collecte de données industrialisés sont utilisés par les services RSE de grands groupes pour coordonner les différentes saisies effectuées à différents échelons de l’organisation (magasins, usines, siège…). 

Nous proposons d’appliquer les savoir-faire utilisés dans le domaine de la Finance pour industrialiser le processus de reporting environnemental. 

Cela permettra ainsi aux entreprises l’utilisant de gagner en efficacité dans l’établissement de leur reporting environnemental. Le gain de productivité estimé est de quelques jours à plusieurs dizaines de jours, au niveau du service RSE et des responsables de sites en charge de transmettre les informations au service RSE. 

Ensuite, il faut interconnecter les systèmes financiers et ceux d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre de façon à donner de nouvelles responsabilités aux Direction Financière des groupes : effectuer un suivi à la fois financier et environnemental en croisant ces informations. 

Enfin, la datavisualisation, dernière brique de la chaîne, fera la part belle aux analyses de données et au storytelling autour des émissions de GES à l’aide d’interfaces incluant des indicateurs de suivi précis et mis en valeur au travers de calculs complémentaires permettant d’analyser leur évolution d’année en année.

Apports de « Budget Carbone »

Évolution du métier du Contrôle de Gestion (CDG)

Cette approche représente donc à la fois un apport technique à une problématique de récolte d’information, mais aussi une évolution du métier du contrôle de gestion. Celui-ci sera dès lors amener à travailler sur les deux aspects, en lien avec les services RSE. 

C’est en effet le contrôle de gestion qui sera en mesure d’évaluer via l’outil de budgétisation quelles innovations ont le meilleur retour sur investissement en termes financiers et environnementaux. En budgétisant ainsi dans le même système les deux notions, il sera ainsi possible d’envisager de réelles diminutions des émissions de GES via l’innovation. Et cela, tout en s’assurant de rester compétitif sur son marché et d’optimiser ses investissements.

Raccourcir les délais et augmenter la fréquence de reporting

Le fait de raccourcir les délais de production des bilans carbone des groupes privés et publics leur permettra de piloter au plus près leurs émissions, en constatant année par année l’évolution de cette métrique.

Il est aussi possible, et indispensable, de créer des indicateurs de suivi des initiatives de compensation carbone mis en place par les groupes.

Bénéfice d’image et de confiance

Chaque entreprise mettant en place « Budget Carbone » sera en mesure communiquer et de justifier ses progrès en termes de diminution d’émissions de GES, de sorte que le bénéfice d’image auprès des clients et de confiance auprès des investisseurs soit important.

Anticipation de la réglementation et compliance

Les règlementations évoluant, au niveau national comme européen, l’outil permet d’anticiper un marché qui deviendra de plus en plus normé au vu des contraintes climatiques et de l’approche d’échéances des engagements pris. Il est certain que ce durcissement de la réglementation mérite d’être pris en compte en amont, et en cela, l’outil « Budget Carbone » est idéal en tant qu’outil de compliance.

Vers des systèmes encore plus précis pour surmonter le défi de la réduction des GES

Le système Budget Carbone consiste principalement en un système alimenté à partir de sources hétérogènes et de saisies d’informations industrialisées, permettant le calcul des émissions de GES.

C’est une première étape vers un système plus précis incluant des modules aux possibilités nombreuses : formulation des produits pour l’industrie, l’agro-alimentaire, la mode… ; module de calcul précis des déplacements des collaborateurs ; module logistique ; les idées sont nombreuses pour arriver à la granularité la plus fine possible d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre d’un groupe.

Posez-vous simplement la question, votre organisation est-elle prête à relever le défi du changement climatique ? Celle-ci arrivera-t-elle à atteindre les ambitieux objectifs de l’Accord de Paris ? Chaque brique posée est un pas de plus vers cet horizon : alors, ferez-vous partie vous aussi de l’aventure ?

Maxime Lemasson
Maxime Lemasson Consultant Senior
Business & Decision

Ingénieur en Systèmes Décisionnels, je travaille dans le domaine de l’EPM depuis 10 ans. Fort de l’expérience acquise principalement dans l’industrie et l’agro-alimentaire, je conçois et pilote des projets à vocation environnementale au sein du LAB de Business & Decision, agence Nord-Ouest.

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